.................. Si j'écris précipitamment, c'est à cause d'un délire incroyable dont je fus atteint durant mon sommeil. Mon mal-aise fut tel que même mon encre ne semble point résignée à figer par les mots l'évènement dont je fus témoin. Lorsque je dormais paisiblement dans mon lit, un courant d'air vint me caresser l'échine. Etant surpris car sachant toutes fenêtres fermées, je me réveillai, pris de curiosité. Je vis alors, m'observant, une ombre qui flottait dans les airs. Flottait, je vous le dis ! Ce n'était pas moins une ombre, cependant, qu'un être pâle, luminant légèrement d'un hâlo blanchâtre et froid, et dont le corps translucidait dans la nuit les formes sombres des ténèbres fuyants. Mais je n' eu crainte, car le visage qui se distinguait dans la pénombre, quoique flou, représentait des traits qui ne m'avait que trop hanté. Fasciné, j'observais la face de ce loup-garou des coeurs, dont le mien avait servi de pâture à cette créature bestiale. Emportée avec mon coeur, ma raison, et ressurgis, les souvenirs qui, toujours intacts, se débattaient dans leur prison fragile ! Mais il n'est pas sage d'aimer l'interdit et, déchirée sur l'autel du paraître, mon âme se fond dans les profondeurs de la folie ! Et alors, devant ces mains effleurées qui ne se colleront jamais, je pleure l'être perdu, son absence qui me fait toujours saigner comme pour évacuer le poison d'amour dans mon sang ! Délicieux venin, infligé par tant de morsures de ses lèvres sur les miennes, ne pars pas, empoisonne moi d'affection, car ne pas en avoir serait pire que la mort ! Que de souvenirs ont refait surface dans mon esprit malade, malade de la bêtise des Hommes, malade du départ des êtres chers devant tant de décadence ! Je ne puis me rappeller de la fin de ma rencontre avec cette apparition, mais il y en a-t-il eu vraiment une ? A mon réveil, son impact était toujours présent, comme son visage l'est dans mon esprit depuis des années, et le sera probablement encore. Je me souviens des récits d'Orphée, de Roméo, de Cadmus Peverell, de leur réaction face à la perte de celles qu'ils ne pouvaient plus atteindre, et de ô combien cette même pensée a de nombreuses fois traversée mon esprit ! Ne dit-on pas que pour l'amour d'une rose, le jardinier est serviteur de mille épines ? Si ses épines m'ont écorché vif, je dois admettre penser que ma mort ne serait qu'une épreuve de plus, la dernière, avant de rejoindre ma moitié dans un monde où les Hommes n'ont pas loi, où mon coeur est Roi, et où nos mains, si purement les mêmes, pourront enfin se coller à jamais, sans rien pour les séparer !